La porte — Feuillets | Hédonalgëa
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La porte
Pas des moindres
Octobre 2026
La porte

Il y a la porte du salon.

Celle que Vous poussez au bout des quatre-vingt-dix marches. Celle derrière laquelle je Vous attends.

Ce soir-là, je ne voyais rien. Un bandeau sur les yeux, mon collier autour du cou, poignets et chevilles liés au banc. Une cordelette noire nouée autour de mes testicules. Et notre musique, en boucle.

Cinq minutes de plus que prévu.

Puis la clenche.

Pas un mot. Pas une caresse. Pas un préliminaire.

Vous m’avez arraché le bandeau.

Une gifle. Magistrale.

Votre crachat sur mon visage.

Et le noir, de nouveau.

Un instant. Juste le temps de Vous voir. Juste le temps de comprendre que ce soir, Vous étiez venue me dévorer. Tout cru. D’un coup. À froid. Et j’ai hurlé, aveugle, pendant que Vous preniez Votre plaisir à me regarder défaillir.

Le lendemain, Vous m’avez écrit : « Je ne peux pas encore vraiment y mettre des mots, mais je sais que j’ai ouvert une nouvelle porte, et pas des moindres. »

Je n’avais pas davantage de mots. Seulement Vos marques.

Il y a des portes que l’on franchit. Il y en a d’autres qui nous traversent. Celle-là, c’est Vous qui l’avez ouverte. Et c’est moi qui suis passé de l’autre côté, plus offert que je ne l’avais jamais été. Parce que Vous n’hésitiez plus. Plus du tout.

Un mois plus tard, Vous l’avez vue se refermer. Derrière Nous.

Je ne sais pas ce qu’il y a devant.

Vous non plus.

Mais nous savons que c’est Beau.

Tellement Beau.

Ivan Delors, octobre 2026
“

Je marche, je me retourne. La porte s’est refermée. Je regarde devant moi : tu es là.

— Hédona