Debout. — Feuillets | Hédonalgëa
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Debout.
Quand je cesse de m’appartenir
Août 2026
Debout.

Il est des jours où Elle ne cherche pas la limite : Elle la dépasse, avec calme, avec méthode, jusqu’à ce que mon corps cesse tout simplement de Lui obéir.

Ça commence toujours pareil. Un ordre, une position — jambes écartées, mains sur la tête ou attachées, offert. Une caresse, une étreinte, un baiser, puis les premiers coups, presque doux, presque une formalité. Et puis ça s’intensifie, sans hâte, avec cette patience qui est la Sienne et qui ne ressemble à aucune autre.

Je compte, parfois, quand Elle me le demande. Un, deux, trois — ma voix qui tremble un peu plus à chaque chiffre. Puis mes jambes qui commencent à trembler aussi. Puis les larmes, qui arrivent toujours avant que je ne l’accepte. Et puis, immanquablement, il y a cette chute — mes genoux qui cèdent, mon corps qui se replie sur lui-même, vaincu.

Elle s’arrête. Elle me regarde, depuis Sa hauteur, avec ce sourire tendrement cruel que je ne confonds avec aucun autre.

« Debout. On commence seulement. »

Ces quatre mots, à chaque fois, me traversent plus fort que n’importe quel coup. Je me relève — je ne sais jamais comment, mais je me relève toujours — et je reprends position. Et ça recommence. Je crie. Je hurle. Je sanglote. Je grogne. Et je retombe. Et Elle attend, patiente, avant de répéter, toujours avec la même douceur implacable :

« Debout. »

Il y a un moment, je ne saurais dire lequel exactement, où la douleur cesse d’être seulement de la douleur. Où elle devient un bruit de fond, une mer dans laquelle je flotte plutôt qu’une lame qui tranche. Je continue à tomber. Je continue à me relever. Mais quelque chose, en moi, a lâché — pas mon corps, quelque chose de plus profond, la dernière résistance, la dernière idée que je pourrais encore décider de quoi que ce soit.

C’est à cet instant précis, je crois, que je cesse tout à fait de m’appartenir.

Je suis là-haut, tout là-haut.

Je suis à Elle.

“

Je veux que tu frissonnes, que tu trembles, que tu te débattes, que tu cries et que tu perçoives toutes ces étoiles et ces colombes, puis plus rien… Là où le vide s’installe. Et il n’y aura plus que ma douce voix, l’effleurement de mes doigts et tout mon Amour pour te ramener jusqu’à moi.

— Hédona

Ivan Delors, août 2026