Bien avant le jour — Feuillets | Hédonalgëa
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Bien avant le jour
À l’heure où Vous dormez encore
Mai 2026
Bien avant le jour

Ce matin, bien avant que la lumière ne commence son travail sur les toits de la ville, j’étais déjà éveillé. Pas brutalement. Doucement, comme appelé de l’intérieur par quelque chose qui ne voulait pas attendre.

Il y a les matins ordinaires. Et puis il y a ceux-là. Ceux où j’ouvre les yeux et où Vous êtes déjà là, partout en moi.

Vos regards. Vos sourires. Vos parfums.

Ils sont là, dans l’obscurité de ma chambre, aussi présents que si Vous étiez assise au bord du lit. Je n’essaie pas de les convoquer — ils viennent seuls.

La façon dont Vos yeux se plantent dans les miens juste avant que quelque chose commence. Le sourire — radieux, presque incrédule, ce sourire d’enfant que Vous portez sans le savoir. Et Vos parfums — le premier, celui de l’arrivée. Celui d’après, plus tard, quand tout a eu lieu et que Vous êtes encore là.

Tous Vos regards.

Tous Vos sourires.

Tous Vos parfums.

Je pourrais en faire l’inventaire pendant des heures. Je sais que je ne me rendormirai pas.

La douce chaleur de Votre peau.

La tendre cruauté de Vos caresses.

Vos mots doux, Vos mots crus.

Vos murmures et Vos cris.

Il y a quelque chose de particulier dans l’attente des heures qui précèdent. Pas l’impatience — quelque chose de plus calme, de plus habité. Un état dans lequel le corps sait déjà ce qui l’attend, où il se souvient avant même que l’esprit ait commencé à rêver. Chaque souvenir de séance devient une promesse de ce qui va venir.

Je suis allongé dans le noir et je suis déjà ailleurs.

Je suis en Hédonie.

Ce territoire n’existe sur aucune carte, mais je le connais mieux que n’importe quel autre endroit. Pas d’adresse officielle — seulement un escalier, un dernier étage, une porte close, et Vous.

Bien avant le jour, ce matin, j’ai regardé le ciel prendre lentement ses couleurs au-dessus de la ville.

J’ai pensé à Vous — Vous qui dormez encore. Vous qui Vous êtes couchée tôt, qui avez préparé Vos pochons, et qui trouverez ce message au matin.

J’ai pensé à ce que nous allons vivre ensemble ce soir. Pas aux détails — aux états. À ce moment où la porte se referme et où le monde ordinaire disparaît. À cet endroit où Vous seule savez m’emmener.

Là où volent les colombes de manière si majestueuse que la douleur disparaît…

Il est encore tôt. Le jour n’est pas levé.

Mais je suis déjà là-haut.

Ivan Delors, mai 2026